Cadres en entreprise : pourquoi leur statut fait toujours rêver en 2022 ?

Des cadres d'entreprise aux profils très différents
Image par Gerd Altmann de Pixabay

Tu fais partie des cadres d’entreprise, mais tu ne sais pas bien ce que ça veut dire ?

Tu envisages parfois de changer de métier, mais tu ne sais pas bien ce qu’un cadre peut faire d’autre ?

Cet article te dit tout ce que tu as toujours voulu savoir, sans jamais oser le demander ! 😉

Sa recette ?

Un brin d’histoire pour comprendre d’où vient le terme, une pincée de sociologie pour distinguer les différents types de cadres d’entreprise, un soupçon de statut pour savoir ce qui caractérise un cadre…

Sans oublier de relever le tout d’une sauce aux avantages propres aux cadres d’entreprise. Le digestif est offert par la maison : un petit mot sur leurs conditions de travail !

A l’arrivée, tu te situeras bien mieux. Et si tu ne ressens plus vraiment de motivation dans ton métier aujourd’hui, tu comprendras même peut-être pourquoi !

Qu’est-ce qu’un cadre ?

Une spécificité française mal définie

La dénomination de « cadre » semble être propre à la France, où elle apparait durant la première moitié du XXe siècle.

Le terme lui-même provient de l’armée et renvoie au tableau sur lequel on écrivait les noms des officiers.

S’il est difficile de donner une définition précise du cadre, c’est tout simplement qu’il n’en existe pas dans le Code du Travail français !

En revanche, l’Organisation Internationale du Travail (OIT) s’est essayée à l’exercice en 1977 et propose les caractéristiques suivantes.

Un cadre :

  • a suivi un enseignement d’un niveau supérieur ou possède une expérience reconnue équivalente
  • exerce des fonctions à caractère intellectuel prédominant (facultés de jugement et d’initiative)
  • détient la responsabilité de prévoir, diriger, contrôler et coordonner les activités d’une partie de l’entreprise

Une catégorie supérieure

Il apparait ainsi clairement une notion de statut hiérarchique : les cadres forment une catégorie supérieure au sein d’une administration ou d’une entreprise, située entre le patron et les autres salariés.

On perçoit aussi dans la définition de l’OIT deux « cursus » différents pour devenir cadre :

  • un accès direct (recrutement sur un poste de cadre sur la base du diplôme)
  • un accès indirect (salariés de l’entreprise promus en interne sur la base de l’expérience acquise)

De fait, de nombreuses entreprises proposent encore aujourd’hui des possibilités de « cadration » , souvent destinées aux techniciens qui y ont fait carrière.

Mais les intéressés ne sont alors pas toujours considérés au même titre que les cadres par formation. En particulier s’ils veulent changer d’entreprise.

Aujourd’hui encore, 54% des cadres sont titulaires d’un diplôme de niveau Bac+5 et plus.

De manière évidente, être cadre est perçu comme une preuve de réussite sociale. La plupart des gens leur associent spontanément un certain niveau de vie.

En revanche, la notion de responsabilité fait souvent penser à des responsabilités de management. A tort !

De nombreux cadres ne sont pas managers. Et, accessoirement, de nombreux managers ne sont pas cadres (mais, par exemple, agents de maîtrise).

Tu en conviendras, ces éléments de définition restent assez vagues et ne permettent pas encore de se faire une idée très précise de ce que fait un cadre…

Il faut dire aussi que le nombre de cadres a véritablement « explosé » depuis une quarantaine d’année. Au point qu’être cadre est presque devenu banal, ce qui constitue d’ailleurs selon moi l’un des 6 dangers qui les guettent. Que je décris dans cet article.

Dans la mesure où les cadres représentent aujourd’hui près de 20% de la population active française, on comprend sans peine qu’ils regroupent en réalité des métiers assez différents.

Différents types de cadres d’entreprise

Différents types de cadres d'entreprise
Image par Dmitry Abramov de Pixabay

Il existe une première segmentation assez fréquente entre cadres moyens, cadres supérieurs (qui encadrent des cadres) et cadres dirigeants.

On peut noter que ces derniers sont les seuls à être définis par le Code du Travail (article L3111-2).

Mais on voit bien que cela ne précise rien de plus pour la catégorie « fourre-tout » des cadres moyens !

Le sociologue Denis Monneuse s’est donc essayé à une segmentation plus fine et a distingué 9 types de cadres dans son livre « Le silence des cadres« . 9, rien de moins !

  • Cadres dirigeants
  • Cadres supérieurs
  • Experts
  • Managers intermédiaires
  • Chefs de projet
  • Cadres techniques
  • Cadres fonctionnels
  • Cadres commerciaux
  • Assimilés cadres

Il sort du cadre de cet article d’étudier chacun de ces types en détail. Je le ferai peut-être dans d’autres articles si ça t’intéresse. Dis-le moi dans les commentaires ! 👇

Mais je trouve que cela permet déjà de mieux cerner la diversité des fonctions qu’occupent les cadres d’entreprise en France.

Même si les frontières ne sont évidemment pas « étanches ». Et qu’un cadre peut ainsi cumuler plusieurs casquettes (cadre fonctionnel et chef de projet, par exemple).

Le statut des cadres d’entreprise

Le point commun à tous ces types de cadres, c’est… d’être des cadres !

Et si cela ne se voit pas forcément de façon évidente en comparant leurs « fiches de poste », ils partagent certains attributs communs qui relèvent du fameux statut des cadres.

Des signes distinctifs

Ainsi, les cadres ont longtemps cotisé à une caisse de retraite spécifique (l’AGIRC, de 1947 à 2019). La fusion de cette dernière avec l’ARRCO début 2019 a d’ailleurs été considérée par beaucoup comme la fin de la spécificité des cadres français.

C’est sûrement aller un peu vite en besogne, car les signes distinctifs des cadres ne s’arrêtent pas là.

Du point de vu de l’INSEE, les cadres forment ainsi une catégorie socio-professionnelle à part, celle des « cadres et professions intellectuelles supérieures », qui regroupe les :

  • professions libérales
  • cadres de la Fonction Publique
  • professeurs, professions scientifiques
  • professions de l’information, des arts et des spectacles
  • cadres administratifs et commerciaux d’entreprise
  • ingénieurs et cadres techniques d’entreprise

Cette dernière sous-catégorie est celle qui a le plus progressé (29% des cadres en 2019 contre 22% en 1982).

Les cadres sont également les interlocuteurs privilégiés de l’Association pour l’Emploi des Cadres (APEC). Créée en 1966, sa mission est de « fluidifier le marché de l’emploi des cadres ».

Le financement de l’APEC est d’ailleurs assuré par des cotisations salariales spécifiques des cadres et de leurs employeurs.

On peut également mentionner des syndicats (ou des branches) spécifiques pour les cadres après la seconde guerre mondiale. La CFE-CGC est l’un des plus connus, dans la mesure où il s’agit d’une confédération syndicale spécifique aux cadres.

Tu le vois, tout cela contribue à renforcer un « sentiment d’appartenance » à une catégorie de salariés particulière. Mais ne constitue pas pour autant un statut très clair !

Heureusement, la donne a (un peu) changé en 2020.

Accord National Interprofessionnel de juin 2020

Sais-tu que le statut des cadres n’était défini jusqu’à récemment que par des textes « poussiéreux » datant des années 50 ? Presque aussi résistant que Captain America !

Il aura fallu attendre juin 2020 pour qu’un Accord National Interprofessionnel (ANI) sur l’encadrement soit signé entre les différentes organisations syndicales, pour mieux définir ce statut et l’actualiser !

Cette « réforme » fait suite à la modification profonde du système de retraite : comme évoqué plus haut, en 2019, l’AGIRC a été intégrée à l’ARRCO. Or, quelque part, c’est l’AGIRC qui distinguait essentiellement les cadres des non-cadres.

Cet accord définit 3 critères qui caractérisent les cadres en 2022 :

  • niveau de qualification / expertise élevé (apprécié à travers un diplôme ou une expérience)
  • haut niveau de responsabilités (sociales, économiques ou sociétales)
  • degré d’autonomie important dans l’organisation de son travail

L’ANI et le statut du cadre qui l’accompagne est aujourd’hui encore très peu connu des principaux intéressés ! Toi, par exemple, en avais-tu entendu parler ? N’hésite pas à me l’indiquer dans les commentaires ! 👇

Comme tu le constates, ces critères s’inspirent beaucoup de ceux de l’OIT. Mais le « caractère intellectuel prédominant » a été remplacé par la notion d’autonomie.

C’est un pas dans la bonne direction ! Mais cela reste malgré tout assez général

Sans compter que l’ANI prend la précaution de préciser que « il n’y a pas de définition univoque du cadre et que chaque branche peut donc définir, le cas échéant, ce qu’est un cadre selon ses propres critères dans le contexte sectoriel qui est le sien ».

Nous voilà donc finalement assez peu avancés !

Mais il faudra malheureusement s’en satisfaire. Et c’est au fond intrinsèquement lié à la diversité de fonctions que regroupe le terme de « cadres d’entreprise ».

Avantages (et inconvénients) du statut cadre

Comme on le voit bien dans cette courte vidéo, le statut cadre est généralement plébiscité :

Si devenir cadre fait toujours rêver, c’est évidemment qu’au delà du prestige de la fonction, plusieurs avantages sont traditionnellement reconnus aux cadres.

Mais quels sont les avantages d’être cadre en 2022 ?

Rémunération des cadres d’entreprise

La rémunération des cadres est plus élevée que celles des autres catégories socio-professionnelles. Leur salaire moyen est de 56k€ bruts (fixe + éventuelle part variable).

Associée à cela, la grille des salaires minimum des cadres (en fonction de leur coefficient) est plus avantageuse.

En contrepartie, les cotisations sont évidemment plus importantes. D’autant qu’il existe des cotisations spécifiques aux cadres (retraite AGIRC, APEC, …).

On peut noter aussi que les cadres bénéficient plus fréquemment d’attribution de stock-options ou d’actions gratuites de leur entreprise. Mais cela concerne en premier lieu les cadres dirigeants et les cadres supérieurs.

Sans garantie aucune de renouvellement dans le temps, cet avantage peut tout de même représenter un montant très significatif au bout de plusieurs années.

Bien sûr, il s’agit aussi d’un « fil à la patte » très efficace pour « fidéliser » ces salariés : en cas de départ de l’entreprise, ils perdent le bénéfice des actions attribuées mais pas encore acquises. Qui peut parfois représenter près de 1 an de salaire !

Autres avantages

Le CDI reste la norme quand il s’agit d’embaucher des cadres : 82% d’entre eux travaillent sous ce contrat (ce chiffre monte à 98% pour les ingénieurs et cadres techniques d’entreprise).

Un cadre dispose également plus fréquemment de certains avantages en nature (véhicule de fonction, téléphone portable, ordinateur portable, …) que les autres catégories de salariés.

Il bénéficie parfois d’une mutuelle santé plus attractive.

Les cadres d’entreprise ont par ailleurs leur propre régime de prévoyance, plus intéressant que celui des autres salariés de l’entreprise.

Les cadres négocient généralement mieux leurs indemnités en cas de rupture conventionnelle. Outre l’effet lié à leur salaire plus élevé, ils obtiennent en effet en moyenne plus de 160% de l’indemnité légale de licenciement exprimée en nombre de mois de salaire.

La période d’essai des cadres est de 4 mois au lieu de 2. Cela permet de se faire une meilleure idée du poste avant de décider d’y rester. Mais en contrepartie, l’entreprise dispose évidemment également de 4 mois pour mettre fin au contrat de travail sans préavis !

En parlant de préavis, celui-ci est de 3 mois au lieu de 1. Ce qui est à la fois un avantage (en cas de licenciement) et un inconvénient (en cas de démission).

Conditions de travail des cadres d’entreprise

Temps de travail

C’est l’un des critères introduits par l’ANI de juin 2020 : un cadre bénéficie d’une autonomie dans l’organisation de son travail et donc la gestion de ses horaires.

Concrètement, la plupart des cadres sont au forfait jours et ne sont donc pas soumis à des horaires de travail mini… ni maxi (seul le respect des temps de repos quotidien et hebdomadaire s’impose à eux) !

Conséquence directe : les cadres ne comptent souvent pas leurs heures. Et leur vie professionnelle empiète de plus en plus sur leur vie privée…

Ainsi, 43% d’entre eux déclaraient en 2019 « travailler fréquemment à domicile ».

Ce phénomène est favorisé à la fois par l’essor des nouvelles technologies et le développement du télétravail.

Il n’est alors généralement pas question pour l’entreprise de payer ces « heures supplémentaires » (qui n’en sont pas à proprement parler, du fait du forfait jours).

Moyens à disposition

L’ANI de juin 2020 met en avant les responsabilités confiées aux cadres et leur grande autonomie.

Les cadres sont donc logiquement censés disposer des moyens nécessaires (effectifs, budget…) pour mener à bien leurs missions.

Or, en pratique, ceux-ci ont souvent tendance à être restreints. Soit dans une optique de réduction des dépenses (initiatives type Lean Management). Soit dans une optique de contrôle strict des dépenses.

Lorsqu’un directeur de site industriel doit aller quémander une signature au siège de sa société pour pouvoir embaucher un intérimaire prévu au budget… il est permis de se demander si les moyens sont bien cohérents avec les responsabilités !

Cette dichotomie entre moyens et responsabilités n’est d’ailleurs pas étrangère au développement inquiétant des burn-out parmi les cadres d’entreprise.

Cadres d’entreprise : ce qui les rassemble

Tu l’auras compris à la lecture de cet article, le « flou artistique » autour de ce qu’est un cadre tient avant tout à ce qu’il existe de nombreux types de cadres (managers, experts, chefs de projet…).

Les tentatives de définition sont donc condamnées à rester assez globales. Tu peux tout de même retenir les notions clés qui caractérisent un cadre :

  • niveau de qualification élevé
  • fortes responsabilités
  • fonctions à caractère intellectuel prédominant
  • autonomie importante

Si le statut de cadre fait toujours rêver dans les années 2020, c’est parce que la rémunération moyenne d’un cadre d’entreprise est parmi les plus élevées.

Et qu’il subsiste quelques autres avantages par rapport aux autres catégories de personnel.

Mais cela ne doit pas occulter les inconvénients propres au statut. Qui tournent essentiellement autour d‘un déséquilibre entre responsabilités confiées et moyens alloués.

Etre cadre est souvent, à juste titre, considéré comme un honneur et une chance. Mais comme toujours, il y a un prix à payer.

Tu fais partie des nombreux cadres désabusés pour qui il est trop élevé et qui ne trouvent plus assez de sens dans leur poste ? Et tu veux t’en sortir ?

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  • Fanta dit :

    Merci pour l’article, effectivement lorsque l’on sort de l’école, c’est la position que l’on souhaite obtenir, pour avoir le sentiment d’avoir réussi. Comme tu le dis cela empiète pas mal sur la vie privée et avec le temps on peut effectivement se demander où mène tout ça…

  • Cherazade dit :

    Merci pr cet article complet et très intéressant !

  • Alexandre Willocquet dit :

    Avec plaisir, merci pour ton retour sympa !

  • Alexandre Willocquet dit :

    Tout à fait ! Et malheureusement, nombreux sont ceux qui ne prennent pas le temps de se poser cette question. Les cadres ont souvent la tête dans le guidon et vérifient rarement qu’ils vont dans la bonne direction à titre personnel…